é s a Pyrénées

École
supérieure
d’art
des
Pyrénées
/ Pau
Tarbes

Sandra Chamaret, Données à voir

Workshop  Données à voir mené à Pau par Sandra Chamaret du 12 au 16 décembre 2011. Avec Leslie, Fanny, Léa, Anaïs, Margaux, François-Noé, Marie, Oxana, Romina, Sarah, Diane.

Au-delà de l’engouement actuel pour ces synthèses graphiques « rationnelles » (rassurantes ?) de notre environnement parfois insaisissable et dérisoire, les représentations visuelles de statistiques sont de réels outils de compréhension dont l’objectif est de traduire des chiffres en images plus ou moins figuratives.

Elles permettent de regrouper de nombreuses informations, de les synthétiser, de les organiser (par hiérarchie, comparaison, progression…) et de les donner à voir au plus grand nombre. C’est un outil politique puisqu’il induit une manipulation subjective des informations. Les applications en sont multiples : de la presse politique à la sociologie, du rapport d’activités économiques aux études démographiques. Ce véritable outil d’interprétation du monde peut recouvrir des aspects formels très divers : la typographie, l’épure graphique, l’introduction d’éléments figuratifs, le volume, la photo, l’animation, la mise en espace, les installations in situ…

Intentions de travail

  • Dans un premier temps, récolter des informations chiffrées : données statistiques, sondages, compte rendus associatifs ou issus d’observatoires citoyens…
  • Recouper et organiser ces informations ; opérer un tri et une organisation.
  • Schématiser l’ensemble d’une ou de plusieurs façons. Présenter au groupe et en discuter ensemble.
  • Aboutir une forme généreuse et didactique qui donne à comprendre au premier coup d’oeil les relations entre les données et qui amène éventuellement un éclairage contextuel.
  • Usage de l’ordinateur proscrit lors de la réalisation finale ; à chacun de trouver une écriture particulière dégagée de l’influence informatique. Privilégier l’installation et/ou le volume, dans l’optique d’un parcours didactique au sein de l’établissement lors de la restitution.

— Sandra Chamaret / www.grandensemble.net

Diplômée de l’École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg, codirige l’atelier de design graphique Grand ensemble depuis 2005. Elle intervient dans les domaines de l’identité visuelle, de la muséographie, de la signalétique et de l’édition. Engagée dans la définition et la diffusion de son métier, elle programme des conférences à travers l’association des Rencontres internationales de Lure, anime des workshops et enseigne le design graphique au sein de l’atelier Didactique visuelle de l’Esad de Strasbourg. En 2006, elle a coréalisé avec Julien Gineste l’exposition monographique En quelques traits, Roger Excoffon, qui s’est prolongée par la publication du livre Roger Excoffon et la fonderie Olive (Paris, Ypsilon, 2010), co-écrit avec Sébastien Morlighem, et par une exposition itinérante homonyme.

Jour 2 : recherches tous azimuts. « Au point de départ, je n’impose aucun contenu prédéterminé : chaque étudiant doit se sentir responsable de la teneur de son propos. Je les engage à entreprendre une recherche qui peut les amener à consulter des sites quelquefois un peu arides, comme celui des statistiques de l’INSEE, par exemple. Aucune obligation de définir une question préalable : c’est en cherchant que les idées viennent, et se précisent. Évidemment, une part de hasard intervient, qui permet à certains de trouver très vite leur point de départ et de rassembler suffisamment de données pertinentes, alors que d’autres ont plus de mal… Au cas par cas, nous affinons la recherche, et il devient possible de s’interroger sur la pertinence des variables choisies. Un exemple : les données démographiques nous apprennent que tant d’hommes et tant de femmes naissent, en France, en 1980. Le genre, le pays et la date : voilà trois variables. Si vous en restez là, vous vous contentez d’un constat. Ajoutez une quatrième variable (la scolarisation, l’emploi, etc.), alors vous obtiendrez un point de vue. Le choix des variables est donc crucial, et quand on s’engage dans ce genre de travail, il est fondamental d’être conscients que l’on manipule des chiffres, et, de ce fait, que l’on propose un point de vue sur une situation. Je leur demande aussi de formaliser des sortes de diagrammes très simples – histogrammes, camemberts – pour essayer d’organiser les données recueillies. En faisant ces formes de base, on se rend compte si les comparaisons proposées sont pertinentes ou non, on comprend que certaines formes sont plus lisibles que d’autres et on est souvent conduit à approfondir la réflexion. Cet après-midi, nous allons faire un point, collectivement, au cours duquel chacun sera invité à présenter une piste de recherche à ses camarades. Cet échange, c’est une façon de vérifier que chaque démarche est compréhensible. Nous pourrons alors passer à une phase de mise en forme plus élaborée, que l’on n’aurait pas pu envisager de façon pertinente sans tout ce travail d’approche préalable. Comment, à partir d’un propos justifié et fondé, et d’une réflexion rigoureuse, parvenir à une forme très libre, c’est là tout l’enjeu de ce workshop… »

Jour cinq. Plus que quelques heures avant le rendu. Autant les premiers moments du workshop pouvaient sembler arides, autant nous sommes maintenant en plein plaisir de la mise en œuvre et du bricolage. Pas question, en effet, de déployer avec virtuosité des effets sophistiqués d’un logiciel dernier cri, c’est même tout à fait du contraire qu’il s’agit : on coupe des morceaux de bois, on assemble des matériaux, on écrit directement sur le mur de l’atelier, on imagine aussi librement que possible un moyen de donner forme au contenu que l’on a choisi de mettre en lumière. Une étudiante s’est intéressée au temps consacré par chaque personne, à chaque stade de sa vie, à ses différentes activités classées par grandes catégories – loisir, travail, etc. Une autre a tenté un classement chronologique des mouvements linguistiques et sociologiques, un troisième a travaillé à partir de la répartition des étudiants dans les différents workshops proposés cette semaine, en fonction de leur provenance de niveau et d’option. Tous ont rapproché des données complexes, ont réfléchi à une interprétation possible de ces données, et ont cherché une manière sensible de donner à voir et à comprendre le fruit de leur réflexion. Au final, des résultats formels toujours inattendus. Et si, après une semaine, plusieurs étudiants repartent avec le sentiment d’avoir manqué de temps – et de moyens – pour aboutir leur proposition, c’est le signe qu’ils ont peut-être compris l’essentiel, à savoir que l’entreprise de traduction de données complexes en signes et en images pertinents est un formidable défi, qui ne souffre ni le manque de rigueur dans la démarche intellectuelle, ni le compromis dans celle de la mise en forme. L’inaccessible étoile du design graphique ?