é s a Pyrénées

École
supérieure
d’art
des
Pyrénées
/ Pau
Tarbes

Julien Gineste, L’écriture mise à nu par les typographes-même (…)

Workshop  L’écriture mise à nu par les typographes même, ou tentative typographique de domestication de l’écriture sauvage… mené à Pau par Julien Gineste du 12 au 16 décembre 2011. Avec Adeline, Ghislain, Neven, Camille, Jean-Julien, Estelle, Anaïs, Lucca, Guillaume, Mario.

Cet atelier propose de parcourir les étapes de la création d’un caractère numérique à partir d’un écriture manuscrite du quotidien; l’écriture habituelle, intime des participants, ou celle qu’ils adopteront pour l’occasion. Le choix des instruments (feutre, stylo à bille, pinceau, marqueur, crayon, mine…) ainsi que le choix des supports (papier lisse, papier granuleux) sera déterminant.

Ensuite viendront les questionnements sur la stabilisation du signe écrit, le passage paradoxal du geste spontané manuscrit à la pièce de série typographique. La vitalité des formes sera t-elle préservée? Vous le saurez en vous inscrivant à ce workshop !

— Julien Gineste

Ancien étudiant de l’école supérieure Estienne, diplômé des arts appliqués. Créateur de caractères et graphiste dans les domaines de l’identité visuelle, l’édition, la signalétique temporaire ou pérenne – pratiques qui se nourrissent l’une l’autre au sein de l’atelier Grand ensemble. Il enseigne au sein du DSAA design typographique de l’école Estienne. En 2006, il a coréalisé avec Sandra Chamaret l’exposition monographique En quelques traits, Roger Excoffon, qui s’est prolongée par la publication du livre Roger Excoffon et la fonderie Olive (Paris, Ypsilon, 2010), co-écrit avec Sébastien Morlighem, et par une exposition itinérante homonyme. www.grandensemble.net


Jour 2. Je voudrais pas crever / avant d’avoir connu / les chiens noirs du Mexique / qui dorment sans rêver… Signes noirs sur papier blanc, bribes de vers échappées d’un poème de Boris Vian : de grandes pages saturées d’écriture manuscrite recouvrent les tables… C’est le moment de la première expertise : chaque participant observe son travail avec une grande attention, tente de comprendre la singularité, l’énergie, le mystère de sa propre écriture. Julien soutient cette quête, l’accompagne de son propre regard affûté : il compare, analyse, entourant ici un « o », là un « m » particulièrement intéressant… Les ordinateurs ne sont pas loin : on le sent bien, ils seront d’un précieux secours pour mener le projet jusqu’à son terme.

Méthode ? « Nous avons passé une bonne partie de la première journée sur l’exercice bien connu de la dictée ! Je voulais amener les étudiants à écrire vite, à la main, pour entrer dans le flux de leur écriture naturelle, spontanée, sauvage… L’un d’entre-eux pensait venir ici pour apprendre la calligraphie posée, « savante ». Je ne suis pas contre, mais ce n’était pas vraiment le propos de ce workshop. J’ai cherché plutôt, dans un premier temps, à mettre les étudiants dans une situation où ils ne réfléchissent pas. Si on réfléchit, toute la vigueur de l’écriture s’en va ! Ici, nous avons au contraire cultivé la perte de contrôle du geste, le tracé spontané, sans s’interdire les ratés, les ratures… »

Vers la typographie… « L’objectif, c’est bien sûr de parvenir à une proposition qui fonctionne en tant que typographie. Je constate que les étudiants ne connaissent pas les logiciels de création de caractère, même si certains ont plus ou moins commencé à les explorer. Je pense pourtant que nous parviendrons en fin de semaine à un résultat tangible, avec un alphabet par étudiant, qui ne sera peut-être pas complet, mais ils auront bénéficié, à travers ce workshop, d’une première initiation sur ces logiciels, et je pense qu’ils auront acquis les rudiments qui leur permettront d’avancer par la suite en autonomie, s’ils le souhaitent… »

Jour 5. Mission accomplie ! Les murs de l’atelier sont maintenant tapissés de pages blanches recouvertes de signes noirs  : originaux manuscrits et écriture numérique se côtoient et se complètent. Le workshop se termine avec un résultat sans doute encore imparfait, mais tangible, et la fierté se lit sur les visages : chacun des participants dispose maintenant d’une nouvelle police bien particulière, basée sur sa propre écriture, sans pour autant en être la simple copie. Plusieurs étudiants ont déjà commencé à tester cet outil tout neuf en essayant d’écrire quelques mots. Ainsi surgissent de nouvelles questions : la recherche ne fait sans doute que commencer…