Suzanne Hetzel, “penser l’image, faire de la photographie”
Un workshop de Suzanne Hetzel,
du 31 janvier au 4 février
avec…
et la complicité de Bertrand Genier, ppp*
« Vous êtes étudiants en design graphique ou en art, vous pratiquez la sculpture, l’édition, la performance, la vidéo ou toute autre technique, nous allons interroger ensemble, le temps du workshop, les différentes pratiques de la photographie et son pouvoir d’expression adapté à vos projets… »
Suzanne Hetzel est artiste. Elle vit à Arles (Bouches-du-Rhône).
Plus d’infos ici.
Les photos du workshop sont ici.
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Jour cinq, rencontre avec Suzanne Hetzel
« Exposer, pour moi, bien au-delà de mettre au mur, c’est permettre au travail de se séparer de l’artiste pour aller vers un public. Le premier public, c’est bien sûr celui qui vient voir l’exposition, mais c’est aussi beaucoup d’autres personnes : je veille toujours à ce que mes expositions franchissent les portes du musée ou de la galerie, à travers un affichage public, par exemple. Et j’aime que mon travail soit en mouvement, et qu’une part de mes images puisse s’emporter facilement, même sous une forme très modeste : une carte postale, un flyer… J’accorde une très grande importance à tous les documents édités – affiches, cartons d’invitations, livres – qui accompagnent chacune de mes expositions : ils en sont des « pièces », ils en font partie. Ils sont mis en forme par un graphiste avec lequel je me sens en affinité et en confiance – Thierry Crombet. Je lui raconte très précisément l’histoire de chaque projet, mais je ne lui impose rien. Et la discussion qui commence après sa première proposition, c’est une discussion de créateur à créateur : j’accepte profondément que sa part créative investisse – voire envahisse mon propre travail…
Pour ce workshop, j’ai proposé aux étudiants de venir avec une valise qui contient leur propre travail – avec leurs interrogations, leurs doutes… –, et de réfléchir avec eux pour savoir comment rebondir à partir de cette matière vers une forme possible. Nous travaillons ensemble sur cette charnière : comment ce travail peut-il « sortir », c’est-à-dire aller vers son aboutissement, vers sa forme exposée, vers cette adresse à l’autre, au futur spectateur ? Alors se pose une question qui peut être très cruelle : qu’est-ce que j’ai envie de dire à l’autre ? Je ne demande pas forcément de réponse aux étudiants, mais je souhaite qu’elle soit posée. Une autre question, parallèle à la précédente, c’est celle de la place de l’auteur. J’ai souvent remarqué, quand je ressens un égarement, que la conscience de cette place, la place singulière et unique de chacun, a été quittée, elle est perdue, ou elle vacille. Parce que l’on pense avoir « des idées » – sur la société, sur la consommation, etc. –, on revient sur du commun, on se sépare de sa place personnelle. On est sur des poncifs, du pré-pensé… et on ne peut plus aller vers l’autre : ça ne marche plus… Il faut retrouver cette place, pour retrouver la relation l’autre. Je demande aux étudiants de s’éloigner de tout ce qui signifie a priori, de tout rapport symbolique à l’image : cesser de penser par exemple, que l’image d’une personne seule dans la cour signifie la solitude, pour accepter que la photographie soit profondément la représentation de quelque chose, qu’elle « signifie » la chose qui est représentée. C’est dans ce décalage que peut commencer un travail photographique.
Je souhaite que les étudiants, quand ils engagent un travail photographique, comprennent quel est le statut des images qu’ils vont produire, par rapport à leur projet. Qu’ils acceptent, par exemple, que leurs images ne soient pas forcément une production photographique à part entière, autonome, mais qu’elles puissent avoir le statut d’illustration d’un texte, par exemple. Etre pensées en fonction d’un autre élément qui est déjà là, non pas dans une dualité de pouvoir, mais dans une relation de dialogue.
Avec les étudiants, tout au long de la semaine, nous avons réfléchi ensemble sur le rapport de chacun à l’image, y compris dans un contexte non artistique. C’est une chose qui m’intéresse beaucoup, en tant qu’artiste : comment les personnes que j’ai la chance de rencontrer fonctionnent, regardent, se confrontent, produisent des images ? Ici, nous avons aussi beaucoup parlé de ce que sont les images sur internet, sur Facebook, dans les magazines, la publicité, de la télévision, etc. On peut parfaitement, par exemple, aimer follement certaines images que l’on a envie d’accrocher chez soi, ou bien adorer faire de la photographie pendant les vacances, en restant très loin d’une proposition artistique. Mais ce n’est pas pour autant que le rapport à l’autre est construit… »
