é s a Pyrénées

École
supérieure
d’art
des
Pyrénées
/ Pau
Tarbes

Miquel Mont, “le collage comme pratique de la pensée plastique”

Le collage comme pratique de la pensée plastique
un workshop de Miquel Mont
du 31 janvier au 4 février 2011
avec…
et la complicité de Jean-Marie Blanchet

Aborder la notion de collage par une approche la plus large possible. Considérer la superposition et la mise en relation dans un même espace-temps (une page, un mur, une pièce, une situation, un film,…) d’éléments provenant d’univers, de médiums et des catégories différentes.

Miquel Mont est peintre, il vit et travaille à Paris.
Plus d’infos ici.
Les photos du workshop sont là.


Jour cinq, entretien avec Miquel Mont.
« Collage ? Je pense que le mot d’assemblage serait plus juste, mais je tiens à utiliser ce mot de collage, parce que c’est l’un des fondements de tout le Mouvement moderne. Pour ma part, je continue à penser que c’est une manière formidable de mettre en rapport des images, des médiums, des situations… pour générer de nouvelles propositions, de nouveaux sens. Voilà, dans le monde où nous vivons, une stratégie de travail très intéressante, car elle produit des situations et des déplacements de terrain. La notion de collage, au sens large, fonctionne un peu comme un starter par rapport aux étudiants, et leur permet d’agir dans le réel, à partir de n’importe quelle pratique. L’idée, c’est de faire le lien entre ce qu’a fait cette génération d’artistes collagistes – au moment où les images imprimées et largement diffusées sont devenues un matériau de travail –, et notre expérience d’un monde aujourd’hui très fragmenté, inondé d’images qui circulent à travers des supports très différents : l’ordinateur, la télévision, la publicité, le cinéma… Fragmentation d’expériences, aussi bien en ce qui concerne les images que le réel. C’est pour cela que je souhaitais partir des premiers collages historiques, pour engager les étudiants vers des pratiques très différentes, et les amener à sortir de la feuille, à travailler à l’échelle du mur, en mélangeant des gestes, etc.
Concrètement, j’ai montré très peu d’exemples aux étudiants – je ne souhaitais pas leur faire un cours. J’ai plutôt essayé de leur faire comprendre l’esprit dans lequel je souhaitais qu’ils abordent leur problématique en m’appuyant sur une expérience personnelle : on m’avait demandé d’assurer le commissariat d’une exposition, et j’avais choisi d’inviter des artistes que je sentais en affinité avec mon travail. Ainsi s’est construite une fluidité telle que l’on ne se posait plus la question de qui a fait quoi : on circulait entre des propositions différentes, comme autant de façons de résoudre des problèmes plastiques, incarnées ici à travers un film, là des objets, des tableaux sur châssis, une peinture murale… Alors, des dialogues se sont mis alors à exister entre les choses. Voilà une situation qui me semblait une excellente façon d’illustrer cette notion de collage, au sens large. Il y aurait encore plein d’exemples à évoquer, mais chaque réponse est toujours liée à un contexte particulier, et finalement, j’ai voulu faire confiance à cette situation de workshop, dans laquelle nous sommes ensemble, pour engager les étudiants sur leur problématique, avec leurs envies.
En peinture, le collage est le premier geste par lequel les artistes se sont attaqués à l’autonomie du tableau : en utilisant du papier peint, les cubistes ont tout d’un coup introduit le réel, contre l’espace illusionniste du tableau. Alors se posent la question de l’auteur – on ne sait plus qui a fait quoi –, et celle de son inscription dans la société dans laquelle nous vivons. »

Lapsus, exposition de Miquel Mont

Comme titre de son exposition à la galerie de l’école supérieure d’art des Pyrénées à Pau, l’artiste Miquel Mont, né en 1963 à Barcelone et vivant à Paris, reprend, comme il l’avait fait pour son exposition à la galerie Aline Vidal à Paris en 2009, le titre qu’il a utilisé pour nommer plusieurs de ses peintures murales : Lapsus. Comme si ses peintures abstraites étaient faites à la place d’autres ou d’autre chose.

« Les œuvres intitulées Lapsus sont constituées d’objets géométriques (ronds, ovales, trapèzes…) faits dans des matériaux divers, opaques ou translucides posés d’une certaine manière contre un mur qui lui-même a été peint avec des aplats de couleurs vives. Cette simple mise en relation transforme le lieu et la perception que nous en avons. Ainsi, l’objet posé là modifie le sens attendu de la peinture. Nous est alors proposé comme un jeu une expérience originale de l’espace. Nous est surtout signifié par l’artiste que, comme nombre d’artistes de sa génération, il est sorti “du propos (moderniste) de l’invention formelle comme une fin en soi pour se focaliser sur le processus de signification per se, ne plus croire en une certaine transcendance liée à la production de formes pour se centrer sur les mécanismes de son articulation.”1
Il suffit alors « de considérer la peinture comme un concept et non seulement comme un langage de formes. »2

Odile Biec, directrice de l’EsaPyrénées

1 et 2 : extrait de l’entretien Gloria Picazo-Miquel mont, Sur la gestion d’un projet
in catalogue de l’exposition L’empathie des parties, Crac de Sète/Centre d’art la Panera, 2009.


Entretien avec Miquel Mont, à propos de l’exposition Lapsus
« Les œuvres présentées ici sont plutôt récentes – les plus anciennes ont 5 ans. Je me suis efforcé de proposer une lecture assez cohérente de mon travail. Mon travail se développe par séries, dont chacune est une façon différente d’explorer la question de l’abstraction, en peinture.
Avec la série Lapsus, l’idée c’est de mettre en relation des découpes très spécifiques, sur des matériaux très différents, qui servent – ou ont déjà servi – dans l’histoire de la peinture moderne comme support à la peinture – du bois, du carton, du plexi, du placoplâtre, de la toile – avec des aplats de peinture sur le mur. Cette mise en relation n’est pas figée par un rapport de composition : les éléments sont simplement placés côte à côte. De là vient une grande liberté d’interprétation des œuvres, en fonction des endroits où elles sont exposées, à la différence d’un tableau, qui se présente comme une pièce “autonome”.
L’idée, c’était aussi de séparer la peinture de la forme : la forme n’est pas peinte, la peinture est à côté… C’est pour cette raison que j’ai trouvé ce titre de Lapsus : mettre un mot à la place d’un autre, c’est refouler une partie de la signification. Ici, le lapsus, c’est que la peinture n’est pas sur son support. Elle révèle un contexte.
Je fais partie des artistes qui ont commencé à peindre au moment où il n’y avait plus d’autonomie de la vie artistique. Nous étions conscients du contexte, non seulement physique, mais aussi social… Et quand on veut faire de la peinture, cette perte d’autonomie n’est pas évidente. Reste le choix de pratiquer sur le mode de la négativité – mais c’est une chose qui ne m’intéresse pas – ou bien d’essayer de reconstruire des processus pour retrouver des façons d’impliquer le spectateur pour que l’œuvre puisse exister avec lui. »