é s a Pyrénées

École
supérieure
d’art
des
Pyrénées
/ Pau
Tarbes

Jean Schneider, “le regard du corps : l’exposition”

Un workshop  de Jean Schneider,
du 31 janvier au 4 février
avec…
et la complicité de Marie Bruneau, ppp*

« L’exposition consiste à construire une présence entre des œuvres, l’espace qui les abrite, l’extérieur et le visiteur. Il s’agit de rendre sensible la relation à l’œuvre et aux œuvres, en s’appuyant principalement sur l’engagement du corps, qui conduit et porte le regard, dans l’espace. L’exposition offre donc un ordre de lecture d’un travail plastique en jouant de quelques composantes : distance-dimension, verticalité, isolement, visibilité. »

Jean Schneider est designer de formation, parfois enseignant. Il s’occupe de promotion du design. Il vit à Arles (Bouches-du-Rhône)
Les photos du workshop sont ici.


Jour cinq, entretien avec Jean Schneider
« En général, les étudiants se servent de l’exposition comme d’un support d’explication de leur travail. Et ce qui est difficile, pour eux, c’est de comprendre qu’exposer, ce n’est pas expliquer. Ils s’imaginent, par exemple, qu’ils doivent présenter leurs travaux dans l’ordre chronologique : voilà mes premières esquisses, ensuite je suis passé par cette phase, pour finalement en arriver là, etc. Ou bien, ils veulent montrer le labeur, le nombre de recherches, la quantité de dessins, d’essais… Cette volonté d’expliquer leur travail les empêche de voir qu’il faut d’abord l’exposer, c’est-à-dire le faire vivre dans l’espace de celui qui le regarde. Ce n’est qu’après que viennent les questions de savoir par quels tâtonnements on est passé, quels choix ont été abandonnés… Au bout du compte, c’est seulement le résultat qui existe. C’est ce détachement-là que l’on doit obtenir : alors, l’exposition ne sera pas un “étendage” de tout ce que l’on a fait, mais  le dispositif qui permet à cette chose-là d’exister…
Symboliquement, l’étudiant qui quitte l’école devient un artiste, et donc l’équivalent des gens qui le “jugent”. On devrait l’aider à comprendre que le moment du diplôme n’est pas tant le moment où il passe un examen, mais la première fois qu’il présente son œuvre devant ses pairs, où il installe sa première exposition pour un public – qui a généralement envie de l’accueillir et de le prendre comme quelqu’un faisant déjà partie du groupe (des “artistes”).
Je pense que les étudiants qui ont suivi ce workshop ont pu être un peu surpris de ne pas trouver ici les ficelles techniques auxquelles ils s’attendaient, et par ailleurs un peu déstabilisés par ma demande de poser un regard très différent sur leur travail. J’ai tenté de leur faire comprendre qu’exposer, ce n’est pas “montrer”, car le plus important n’est pas ce qui se passe avec les yeux, mais la confrontation à un visiteur à travers un espace. Ce n’est pas du tout la même chose de poser son travail sur une table, ou bien de l’organiser dans l’espace comme une proposition de lecture. Je leur ai demandé de ne pas regarder leur production comme une chose sacrée, mais comme un matériau qui doit prendre forme dans l’espace, et en même temps donner du sens à l’espace dans lequel il est exposé…
J’espère que les étudiants qui ont partagé cette semaine avec moi repartiront avec quelques petites idées utiles : une image, collée sur le mur n’est pas du tout la même que si elle est décollée de 1 cm… Sa signification sera encore très différente si on la pose par terre… Un mur blanc peut se gérer comme un mur blanc ou bien comme une page, et ce n’est pas du tout la même chose… Enfin, si certains ont pris conscience que l’accrochage prolonge leur travail, et si cela leur permet de penser sa présentation de manière plus affirmée, eh bien tant mieux ! »