é s a Pyrénées

École
supérieure
d’art
des
Pyrénées
/ Pau
Tarbes

Damien Gautier, “Nos plus beaux livres”

un workshop de Damien Gautier,
du 6 au 10 décembre 2010,
avec Adrien, Audrey, Ghislain, Guillaume, Marie-Charlotte, Mélaine, Mélanie, Merry et Yigang.

“Dans le contexte particulier où le concours des plus beaux livres français (ici) n’aura pas lieu cette année, je vous propose d’élaborer son avatar en concevant le catalogue de nos plus beaux livres français…”

Damien Gautier
Formé à l’Atelier de création typographique et à l’école Estienne, Damien Gautier est l’un des membres fondateurs, « il y a sans doute près de quinze ans », de Traffik. En 2010, il ouvre le bureau 205 avec Quentin Margat. Damien Gautier enseigne le design graphique à l’École nationale des beaux-arts de Lyon. Il est l’auteur de Typographie, guide pratique, Éditions Pyramyd et de Mise en page(s), etc., Manuel, Éditions Pyramyd (Fr.) et Niggli (All.)
son site
les photos du workshop sont ici


Jour un.
La bibliothèque de la villa Formose a connu des heures plus calmes… Le plateau de grande table oblongue qui occupe son centre disparaît, complètement envahi par un un amoncellement de livres, pêle-mêle. Tout autour, une poignée d’étudiants, debout. Lisent-ils ? Non. Ils hument, ils prennent en main, ils feuillettent. On pense à une dégustation de vin : extrêmement concentrés, ils goûtent. Passent d’un ouvrage récent qui traite de l’œuvre de Sophie Calle à un roman de Jules Romain édité par le Club français du livre – couverture entoilée rehaussée d’une vignette illustrée – puis à un livre de cuisine que l’on pouvait obtenir, à la fin du siècle dernier, à l’achat d’une cocotte-minute Seb… Mais comment résister à l’envie de feuilleter cet album de Félix le chat, daté de 1985 – petit format, couverture souple, papier un peu jauni – ou de déplier les pages de ce merveilleux livre « à système », qui cachent des trésors d’inventivité en trois dimensions ?
Nous en sommes encore aux premiers moments de cette expérience qui va conduire les étudiants à sélectionner, puis élire leurs plus beaux livres…
Encore faut-il s’entendre sur les critères de choix : un beau livre l’est-il par son contenu, sa mise en forme, la qualité de sa fabrication ? « Chacun de vous va prendre le risque de défendre le ou les livre(s) qu’il a particulièrement aimé sur cette table », annonce Damien. Adrien se lance : « je choisis ce Livre du constructeur en bâtiment. Certes, sa forme n’est pas très « belle », mais son contenu donne les bases techniques essentielles, et pour moi, c’est un livre important. Je préfère un livre au contenu conséquent qu’un livre rempli de belles images… » Ghislain a choisi Paroles, de Jacques Prévert, dans une édition de poche passablement écornée. Sur la couverture, la reproduction d’une œuvre de Brassaï. « Il a traversé le temps… » remarque Damien. Tour à tour, chacun des étudiants se jette à l’eau. Guillaume a apporté un livre des éditions sans importance. Il défend « une publication en marge des grandes maisons d’éditions », fait remarquer la couverture en tissu, et vante « le travail d’assemblage des matières ». Un examen plus complet dévoile que cet ouvrage est tiré à 30 exemplaires, sans aucune mention d’ISBN… Damien : « J’ai toujours un peu de mal avec les microéditions, qui, souvent, ne font pas le chemin jusqu’au bout. Pour moi, cet objet n’est pas tout à fait un livre… » Le débat est lancé, et la discussion, on le sent, sera passionnante.

Jour cinq. L’effervescence est maintenant à son comble. Nos étudiants ont réussi à s’accorder sur le choix d’une petite vingtaine d’ouvrages, et sont sur le point de finaliser leur catalogue. Guillaume s’est retrouvé au secrétariat de rédaction : « Nous avons référencé correctement chaque livre, en suivant les indications en usage dans les bibliothèques : titre, nom de l’auteur, de l’éditeur, date de publication, ISBN, et description matérielle (format, prix, nombre de pages, finition…) Nous avons même essayé de reconnaître le nom des caractères employés… » D’autres ateliers se sont organisés : prise de vues, rédaction des commentaires… On s’est accordé sur une mise en page… et on a réussi à « boucler » le tout ! Au final en effet, le catalogue Nos plus beaux livres, témoin de l’aventure collective qui s’est vécue ici pendant cinq jours, n’attend plus que la reliure finale pour prétendre à être lui-même catalogué, et à figurer dorénavant parmi les ouvrages consultables de la bibliothèque de l’école.